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Ma mère était sous le choc

Mise à jour :

« Ma mère était sous le choc. C'était déjà difficile pour elle quand je lui ai dit que j'étais gay », confie cet homme qui a contracté le VIH. Comment a-t-il surmonté ce diagnostic qui a bouleversé sa vie ?

Source : LUI MAG PRAGUE

Aujourd'hui, un diagnostic de VIH ne signifie plus nécessairement une restriction majeure de la vie, pourtant un fort stigmate et une certaine incertitude persistent. Oliver Mynář décrit ouvertement sa propre expérience – du moment de l'annonce du diagnostic aux réactions de ses proches, en passant par les situations quotidiennes où il se heurte aux préjugés et au manque d'information.

Oliver Mynář, un jeune homme vivant avec le VIH qui a décidé de partager son expérience sans simplification ni raccourcis, a écrit à la rédaction du magazine LUI. C'est sa participation à la campagne de la Journée mondiale de lutte contre le sida en France (campagne “Zéro risque” d’Actions Traitements), où il s'est exprimé publiquement pour la première fois en tant que séropositif, qui l'a amené à cet entretien.

Aujourd'hui, il se dirige vers la profession de psychiatre et perçoit ainsi son sujet non seulement de manière personnelle, mais aussi dans le contexte plus large de la santé mentale et de la perception de la maladie par la société.

Dans l'entretien, il revient sur le moment où il a appris le diagnostic et sur ce qui a suivi. Il décrit, par exemple, la période de plusieurs mois durant laquelle il a attendu d'atteindre une charge virale indétectable — une période qu'il qualifie de l'une des plus éprouvantes psychologiquement de sa vie. C'est à ce moment-là qu'il a pleinement pris conscience de l'importance du principe I = I (Indétectable = Intransmissible), qu'il considère aujourd'hui comme essentiel non seulement pour sa propre vie, mais aussi pour la déstigmatisation du VIH.

Outre son histoire personnelle, il aborde des thèmes qui restent marginaux dans le contexte tchèque — des impacts psychologiques aux expériences avec le système de santé, en passant par la stigmatisation persistante. Il décrit également la pression et l'incertitude liées à l'idée qu'il devrait toujours déclarer son statut, et contraste cette expérience avec la France, où règne selon lui une approche plus ouverte, pratique et mieux informée au sein de la communauté.

Il parle aussi ouvertement des réactions de son entourage — du manque de compréhension dans sa famille aux expériences sur les sites de rencontre en ligne, où il a rencontré une curiosité morbide plutôt que du respect. Il rappelle par ailleurs que l'infection n'est pas le résultat d'un « mode de vie à risque », comme beaucoup le pensent, mais d'une relation marquée par la violence psychologique et physique. Pour lui, ces moments montrent à quel point le VIH est encore lié à des préjugés qui ne correspondent pas à la réalité.

 

Qu'est-ce qui t'a poussé à nous écrire et à partager ton histoire ?

Je pense qu'on ne parle toujours pas assez de ce sujet et qu'il reste fortement stigmatisé. Selon moi, cela ne peut changer qu'en brisant le silence et en commençant à en parler ouvertement. J'ai aussi été inspiré par des magazines étrangers, par exemple en France (magazine REMAIDES, édité par l’association Aides), où les gens partagent leur expérience en toute franchise. Honnêtement, l'idée de faire la même chose en République tchèque ne m'avait même pas effleuré l'esprit auparavant. Puis je me suis dit : pourquoi pas ? Alors je vous ai écrit spontanément, tout comme j'ai écrit à Martin Bísek, qui anime le podcast Gay Guys.

 

Quelle image avais-tu de cette maladie avant d'y être confronté toi-même ? De nombreux mythes circulent encore dans la société. Qu'en était-il pour toi ?

J'étudiais la médecine à l'époque. Je n'étais qu'en deuxième année, donc mes connaissances n'étaient pas complètes, mais j'avais déjà une certaine sensibilisation. En même temps, je sortais avec un partenaire séropositif, j'avais donc une expérience personnelle d'une relation où l'un de nous était séropositif au VIH sans qu'il y ait de transmission. Grâce à cela, j'étais relativement bien informé sur la problématique.

 

Comment as-tu découvert le diagnostic ? Ou plutôt, quand les premiers soupçons sont-ils apparus ? Était-ce lors d'un dépistage régulier ou des symptômes étaient-ils déjà présents ?

Je me faisais dépister régulièrement. Avec mon ex-partenaire, nous avions prévu deux voyages à l'étranger. D'abord à Istanbul, où j'ai probablement contracté le VIH lors d'un rapport non protégé avec un inconnu, puis un mois plus tard au Maroc, où les premiers symptômes suspects sont apparus. J'avais une diarrhée persistante qui ne répondait à aucun traitement. À mon retour en Tchéquie, j'ai décidé d'aller aux urgences de l'hôpital Bulovka. J'y ai été hospitalisé pendant deux semaines, sous perfusions et antibiotiques, et à la fin, on m'a annoncé le verdict : j'étais séropositif au VIH.

 

Quand le verdict est tombé, comment t'es-tu senti ? Quelles émotions ce diagnostic a-t-il provoquées en toi ?

Les premiers sentiments sont difficiles à décrire. J'espérais tout le temps que ce ne soit qu'une infection parasitaire et non le VIH. De plus, le diagnostic m'a été annoncé d'une manière assez étrange : immédiatement après l'annonce, on m'a dit qu'à partir de maintenant, je ne pourrais avoir des rapports sexuels qu'avec un préservatif. Avec le recul, je me dis qu'après l'annonce d'un tel diagnostic, cette information était absolument hors de propos. J'aurais aimé que les médecins me disent plutôt qu'avec une thérapie appropriée, je pourrais avoir une vie comme n'importe qui d'autre.

 

Qu'est-ce qui te passait par la tête à ce moment-là ?

Après ma sortie de l'hôpital, j'ai lutté contre d'intenses sentiments de culpabilité, de colère contre moi-même et des questions du type « pourquoi moi ». Les inquiétudes concernant l'avenir sont passées au premier plan : ce que le diagnostic signifierait pour ma vie intime et comment, quand et à qui le dire. Bien que j'aie eu une connaissance relativement bonne du traitement du VIH et du principe de non-infectiosité en cas de charge virale indétectable (I = I : indétectable = intransmissible), la réalité était différente. Soudain, je ressentais le poids des stéréotypes sociaux et des stigmates. Mon principal effort était que personne n'apprenne le diagnostic — surtout pas mes camarades de médecine.

Je craignais aussi les réactions de mon entourage. Je craignais que si mon statut devenait public, je ferais face au jugement et à la stigmatisation. En même temps, je doutais de mon avenir dans la profession médicale. Avec le temps, j'ai été surpris en relisant le consentement éclairé pour les patients vivant avec le VIH — certains faits essentiels ne m'avaient pas du tout été signalés. Par exemple, les documents disponibles manquent d'informations claires sur l'existence (ou non) d'une obligation de déclarer son statut à ses partenaires sexuels.

Le fait qu'en 2025 encore, lors d'une campagne pour la Journée mondiale de lutte contre le sida en France, j'affirmais publiquement qu'une telle obligation existait en République tchèque montre bien, selon moi, à quel point les gens sont mal informés sur leurs droits et devoirs. Je pense être loin d'être le seul à avoir vécu dans la peur constante des conséquences juridiques et de la condamnation sociale. Dans l'espace public, l'accent est toujours mis sur les cas individuels de poursuites pénales contre des personnes séropositives, tandis que la vulgarisation des progrès médicaux et les efforts de déstigmatisation restent au second plan.

 

Revenons à la période juste après avoir contracté le VIH. Ressentais-tu de l'anxiété ou de la peur ? As-tu cherché une aide professionnelle, comme une psychothérapie ?

J'ai eu une mauvaise expérience avec un psychologue à l'époque. En gros, il m'a dit que je ne devrais pas le dire à mes parents.

 

Qu'est-ce qui l'a poussé à dire ça ?

Il pensait qu'il fallait épargner cela aux parents. En même temps, il disait ne pas comprendre comment cela avait pu m'arriver alors que j'étais bien informé. Mais je le consultais déjà avant, donc c'était complexe. En plus, c'était le psychologue de mon ex-partenaire.

 

Il prenait plutôt son parti ?

Oui, j'en avais le sentiment. Comme s'il était plus de son côté et que je me sentais plutôt rejeté dans cette relation.

 

N'est-ce pas paradoxal ? Il s'agissait pourtant d'un psychologue travaillant avec des personnes séropositives.

C'est précisément ce qui m'a paru étrange. Il travaillait avec des personnes séropositives, mais son approche me semblait très datée. En thérapie, il me plaçait souvent dans une position par rapport à mon ex-partenaire au lieu de se concentrer sur moi. Quand j'en ai discuté plus tard avec d'autres thérapeutes, ils ont convenu que ce n'était pas tout à fait correct.

 

Comment se sont passées les premières semaines après le diagnostic ? Après le début du traitement antirétroviral, il faut un certain temps avant d'atteindre une charge virale indétectable. Combien de temps cela a-t-il pris pour toi ?

C'est très individuel. Comme c'était une infection récente, j'avais initialement une charge virale élevée (phase de primo-infection, pendant laquelle la charge virale explose avant que le système immunitaire n’arrive à la refaire baisser) et je devais me protéger. Je faisais bien sûr très attention à ne contaminer personne. Je suis devenu indétectable après environ six mois de trithérapie.

 

Était-ce difficile pour toi de le cacher ?

Oui. Je me souviens qu'on m'a renvoyé de l'hôpital et je me demandais comment prendre mes médicaments sans que personne ne s'en aperçoive. J'étais étudiant en médecine, je vivais avec des colocataires qui étudiaient la même chose, et pourtant je leur cachais. C'était bizarre d'avoir quelque chose que je n'avais pas vraiment besoin de cacher, et pourtant je le faisais. Et c'était un fardeau.

 

À qui l'as-tu dit en premier finalement ?

D'abord à mon petit ami de l'époque, dont je venais de me séparer. Je n'avais pas d'amis proches alors, il était mon seul soutien, même s'il y avait de gros désaccords dus à la rupture. Quatre mois plus tard, j'ai trouvé un nouveau logement à Prague, et comme je m'entendais très bien avec mon nouveau colocataire, j'ai décidé de lui dire. Il a très bien réagi et était content que je me sois confié. Avec le recul, je réalise que partager un secret peut favoriser la création de liens étroits qui me manquaient tant. Cela m'a aussi permis de me détacher de mon ex. Plus tard, j'ai commencé une nouvelle relation et je l'ai dit aussi — la réaction a de nouveau été positive. Mais je ne l'ai dit à mes parents que beaucoup plus tard. D'abord à ma mère (mes parents sont divorcés), et environ un an plus tard à mon père. Bien que je sois quelqu'un d'assez ouvert, cela m'a pris vraiment longtemps pour ça.

 

Comment ta famille et tes amis ont-ils réagi ?

Chez les amis, les réactions ont été majoritairement bonnes. Pour les parents, c'est plus délicat. Ma mère a d'abord été très choquée. C'était déjà difficile pour elle quand je lui ai dit que j'étais gay il y a des années. Et comme elle n'a pas d'homosexuels dans son entourage, cette expérience a été d'autant plus forte. C'était donc une autre nouvelle difficile à encaisser.

 

As-tu rencontré des réactions franchement négatives ?

Plutôt que de la part de mes proches, les réactions négatives venaient de personnes qui ne me connaissaient pas du tout. Le plus souvent dans des contextes de rencontres ou de partenaires sexuels potentiels.

 

Venons-en à ces situations. Comment réagissaient les personnes avec qui tu nouais un contact plus proche, voire intime ?

J'ai essayé différentes approches car je ne savais pas quel était le bon moment pour le dire. Plusieurs fois, j'ai voulu être honnête dès le début. Je me souviens avoir rencontré quelqu'un, je lui ai dit — et la personne s'est simplement levée et est partie. Elle a dit qu'elle ne pouvait rien avoir avec moi. Ce genre de situation s'est répété. Parfois les gens partaient tout de suite, d'autres fois cela s'étiolait progressivement. Et même quand je ne le disais pas, j'avais le sentiment que si le sujet venait sur le tapis, cela finirait de la même façon.

 

As-tu essayé d'expliquer le principe « Indétectable = Intransmissible » ?

Au début, je ne l'avais pas totalement intégré moi-même. Et c'est là le principal problème selon moi — c'est une chose qu'un médecin vous dise que c'est intransmissible en cas de charge virale indétectable, mais c'en est une autre d'y croire vraiment. Quand j'étais en France, la campagne « U = U » (I = I) était très visible, elle apparaissait même sur des affiches. En Tchéquie, ce n'est pas aussi répandu. Et il y a un autre niveau — il faut se convaincre soi-même, pas seulement l'autre.

 

À quelle conclusion es-tu parvenu à cet égard ? Comment as-tu géré la suite ?

Je suis arrivé progressivement à la conclusion que si je voulais avoir des rapports sexuels sans lendemain, je ne pouvais pas le dire ouvertement.

 

Tu as donc essuyé des refus dans la majorité des cas ?

Oui. Soit les gens partaient, soit j'avais l'impression qu'ils partiraient s'ils savaient. Ensuite, il y a les expériences sur les sites de rencontre. Quand je l'écrivais ou le mentionnais, certains me rejetaient d'emblée. On y voit souvent des formulations du type « cherche partenaire sain » (le mot « clean », qui signifie propre en anglais, est souvent employé), ce qui est problématique en soi.

 

Comment perçois-tu cette appellation de « sain / clean » ?

Honnêtement, cette idée n'a pas beaucoup de sens pour moi. Je la perçois plutôt comme une construction émotionnelle — une sorte d'illusion de sécurité ou une habitude ancrée. Elle repose sur l'hypothèse erronée qu'une personne vivant avec le VIH est automatiquement contaminante. En réalité, la transmission survient quasi exclusivement par des personnes qui ignorent leur statut sérologique et qui, par conséquent, se pensent séronégatives si on leur pose la question. De plus, il faut réaliser qu'un test négatif récent ne dit rien de l'état actuel car il ne détecte pas une éventuelle infection en phase précoce (de moins de six semaines, pour un dépistage effectué en laboratoire d’analyses).

À l'inverse, une personne qui connaît son statut sérologique agit généralement de manière responsable — elle se protège au début et, une fois indétectable, elle évalue les étapes suivantes individuellement. Pour moi personnellement, il était très désagréable de répondre à de telles questions. Je les ressentais comme une pression indirecte : soit révéler mon statut sérologique alors que je n'y étais pas prêt, soit recourir au mensonge. Pourtant, il s'agit d'un domaine extrêmement intime. Dès le début, j'ai eu l'impression que la société attendait automatiquement de moi que je communique mon statut à tout le monde, ce qui renforçait cette pression.

 

Comment perçois-tu la communication sur le VIH dans l'espace public ?

Je pense qu'il y a une grande différence entre ce que dit la science et la perception réelle des gens. En Tchéquie, j'ai remarqué des campagnes soulignant qu'une personne séropositive peut mener une vie normale ou n'est pas contaminante. Mais j'ai le sentiment que cela reste souvent en surface et que les gens ne creusent pas le sujet. Je pense qu'une communication qui donnerait plus d'assurance et expliquerait les choses plus clairement aiderait — par exemple en s'appuyant sur des études concrètes montrant que la transmission ne se produit pas avec une charge virale indétectable.

 

As-tu commencé à ressentir plus de peur ou d'anxiété vis-à-vis des IST après ton diagnostic ?

C'est un autre grand sujet. Le VIH est lié à une stigmatisation et chacun gère cela différemment. Certains arrêtent complètement d'avoir des rapports sexuels. D'autres, au contraire, commencent à avoir des comportements plus à risque car ils ont l'impression que « de toute façon, ça ne change plus rien ». Et il y a ceux qui glissent vers la drogue ou le chemsex. Pour moi, le problème était plutôt de me sentir seul face à ça. Le médecin m'a dit : vous avez un diagnostic, voici les médicaments. Mais personne ne m'a dit comment vivre avec.

 

Tu as aussi l'expérience de la France, où tu étudiais au moment du diagnostic. En quoi est-ce différent de la Tchéquie selon toi ?

À l'époque, j'étudiais en France où j'ai intégré les groupes de soutien dont j'ai parlé. De nombreuses organisations, comme l’association ACTIONS TRAITEMENTS dont je me suis rapproché, s'y occupent systématiquement des personnes vivant avec le VIH — elles organisent des rencontres, créent des espaces de partage et diverses activités communautaires. J'y ai rencontré des gens du monde entier, notamment d'Afrique et d'Amérique latine, des hommes et des femmes, des hétérosexuels et des homosexuels. C'était très précieux pour moi de découvrir un groupe aussi diversifié avec des histoires de vie si différentes.

Les discussions dépassaient souvent le seul thème du VIH pour ouvrir sur des questions sociales plus larges — du racisme au fonctionnement de la société patriarcale en passant par les moyens de se défendre en cas de violence sexuelle ou physique. Un rôle crucial a été joué par la psychologue et sexologue Caroline Janvre, dont je me suis rapproché au sein de ces groupes et que j'ai fini par co-animer avec elle. Il s’agit d’un groupe d’échange, appelé « Café sexo », entre personnes vivant avec le VIH plus d’information sur le site d’ACTIONS TRAITEMENTS). C'est grâce à elle que j'ai pu déconstruire progressivement le stigmate lié au VIH et commencer à percevoir ma propre histoire dans un contexte différent, moins pesant.

 

Que devrait-on changer en Tchéquie selon toi pour améliorer la situation ?

Pendant mes études de médecine en Tchéquie, on nous apprenait à ne pas discriminer les patients. Pourtant, le thème des minorités sexuelles ou le stigmate lié à certains diagnostics n'étaient pratiquement jamais abordés. Au contraire, j'ai été confronté à plusieurs reprises à des remarques homophobes et à une approche moralisatrice qui, selon moi, n'ont pas leur place en médecine.

Il est important de ne pas oublier que nouer des relations dans la communauté gay n'est pas simple en soi et que personne — et encore moins un médecin — ne devrait s'immiscer dans la vie intime des patients ou la juger. En tant que jeune diplômé, je peux aussi confirmer que même les médecins ne suivent pas toujours les principes d'un mode de vie sain aussi rigoureusement qu'on pourrait l'espérer. Leur approche reflète non seulement leur formation, mais aussi leur expérience personnelle, leur éducation ou leur tempérament. L'avantage d'une éducation médicale est sans aucun doute qu'elle fournit des outils pour des décisions plus informées, mais elle ne devrait pas mener à un sentiment de supériorité. Les médecins oublient parfois qu'eux-mêmes n'avaient que des connaissances limitées sur la santé avant leurs études.

Je considère comme essentiel de renforcer la sensibilisation — tant sur l'homophobie que sur la stigmatisation du VIH. Il est tout aussi important de soutenir systématiquement les organisations qui traitent de ces sujets. Par exemple, quand j'ai demandé à mon infectiologue s'il existait des groupes de soutien, on m'a répondu qu'il n'y avait pas de demande. C'est ainsi que la dimension sociale de la vie avec le VIH reste souvent négligée. Je pense pourtant que la réalité est inverse : les gens gèrent leur situation individuellement par manque d'espace de partage. Créer un environnement sûr pour se rencontrer, partager des expériences et ne plus être seul ferait donc sens. Si l'un des lecteurs ayant la même expérience souhaite créer une telle communauté, il peut me contacter sans crainte.

 

Jusqu'à présent, nous avons surtout parlé de sexe sans lendemain. Mais qu'en est-il lorsqu'une relation se dessine ? Quelle est ta situation amoureuse ?

Actuellement, je suis célibataire, alors n'hésitez pas à m'écrire ! (rires)

Plus sérieusement, j'ai eu une courte relation en France et le garçon a bien réagi. Je pense que dans une relation, c'est différent — quand quelqu'un tombe amoureux de toi ou veut être avec toi, il l'accepte plus facilement. Mais j'ai aussi réalisé une chose dont nous avons discuté en groupe de soutien : j'avais tendance à me pousser vers une relation car cela me semblait le seul moyen d'être honnête avec quelqu'un.

Pour le sexe sans lendemain, j'avais l'impression de ne pas pouvoir le dire, alors je gardais ça en moi. En même temps, j'avais peur que l'autre l'apprenne d'une manière ou d'une autre. La relation était donc pour moi, dans une certaine mesure, une échappatoire. Avec le recul, je ne suis pas sûr si j'étais vraiment prêt pour une relation, ou si j'y étais surtout parce que cette personne acceptait mon VIH. Alors qu'idéalement, cela ne devrait jouer aucun rôle dans le couple.

 

Que conseillerais-tu à une personne qui vient d'apprendre son diagnostic, qui a peur de l'ébruiter et qui traverse peut-être de l'anxiété ou une dépression ?

Je suis futur psychiatre, alors elle peut venir me voir ! (rires)

Mais je n'exclurais pas que des dépressions puissent apparaître. Dans mon cas, j'y étais déjà sujet avant, je ne me l'avouais simplement pas, et cette expérience peut renforcer cela. La santé mentale est encore un sujet stigmatisé, et combiné au VIH, cela peut se démultiplier. Mais cela ne signifie pas que chaque personne séropositive aura des problèmes psychiques.

Au contraire, je voudrais apporter une note d'espoir. Cela m'a aussi apporté des choses positives — de nouveaux amis, une relation qui m'a épanoui à l'époque. La société pense souvent à des histoires connues comme Freddie Mercury ou Charlie Sheen et associe cela à la drogue ou à une déchéance. Mais je voudrais souligner que ce n'est pas une fatalité. Je mène une vie relativement rangée et je pense qu'il est important de dire que cela peut arriver à n'importe qui. Et qu'on peut vivre une vie pleine et heureuse même avec ce diagnostic. Nous en avons le droit.

 

N'as-tu pas peur de subir une stigmatisation parmi tes collègues en commençant comme psychiatre ?

On verra bien quand cela sera rendu public.

 

As-tu déjà subi, en tant que patient, une stigmatisation de la part de médecins ? C'est un sujet souvent abordé en Tchéquie.

Oui, et je pense qu'il est important d'y faire face. Les médecins font partie de la société, ils reflètent donc dans une certaine mesure ses mentalités. Je ne veux pas les excuser, mais cela montre quels préjugés persistent. On peut tomber sur un médecin professionnel et compréhensif, mais aussi sur quelqu'un qui se laisse influencer par ses propres représentations. J'aimerais qu'on en parle davantage en dehors de la communauté pour que cela atteigne la société civile.

 

Penses-tu qu'une meilleure sensibilisation des médecins aiderait ?

Certainement. Je pense que le changement doit aussi venir de l'extérieur. En France, par exemple, l’association (à but non lucratif) ACTIONS TRAITEMENTS organisen des formations pour les étudiant-es en chirurgie dentaires et futur-es dentistes, ainsi que d’autres professionnels de santé (gynécologues et sage-femmes notamment). Selon moi, cela ferait sens ici aussi. Personnellement, mon dentiste me donne toujours le dernier rendez-vous de la journée. J'ai toujours le sentiment qu'une certaine distance et un stigmate persistent dans la société.