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Source : Aides

Dans le rapport Morlat 2013 sur la prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH, les experts ne consacrent que deux courts passages à l’alcool, qui est d’ailleurs associé au tabac et aux drogues illicites. L’un (page 35) indique : « La consommation problématique d’alcool (appréciée selon le questionnaire AUDIT qui évalue la consommation nocive et la dépendance à l’alcool) concerne 16 % des personnes suivies, avec là encore des niveaux particulièrement élevés parmi les usagers de drogues par injection (25 % parmi les hommes et 26 % parmi les femmes) et, dans une moindre mesure, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (21 %) et un niveau très faible parmi les femmes originaires d’Afrique subsaharienne (4 %). »

Le second (pages 122 et 123) est plus complet car il aborde la « prise en charge des addictions ».

Sans trop détailler les recommandations, on voit que les experts préconisent que le dépistage et une proposition systématique de prise en charge des addictions soient effectués lors de la prise en charge initiale de la personne et tout au long de son suivi.

« En effet, les conduites addictives sont plus fréquentes chez les personnes vivant avec le VIH qu’en population générale. Dans l’étude transversale française VESPA, 27 % des sujets traités par ARV (n=2 340) présentaient une consommation à risque d’alcool et 9,4 % des épisodes réguliers d’alcoolisation massive (binge drinking). Ils étaient par ailleurs 20 % à prendre régulièrement des anxiolytiques, antidépresseurs ou hypnotiques [2], 3,6 % à avoir consommé au cours des 12 derniers mois des opiacés, 14,1 % des stimulants dont 4,4 % de la cocaïne et 12,5 % à avoir une consommation régulière de cannabis », notent les experts dans leur rapport 2013. Ils insistent d’ailleurs tout particulièrement sur un point : « Le maintien d’une consommation excessive d’alcool est associé à une moins bonne observance au traitement antirétroviral, à la progression de la maladie, une moins bonne réponse au traitement et plus de pratiques à risques lors de l’usage de drogues ou des pratiques sexuelles. Elle accroît par ailleurs la toxicité des antirétroviraux. Elle justifie donc d’un repérage au moindre doute à l’aide d’outils simples (questionnaire AUDIT pour l’alcool par exemple) et de l’examen clinique »
(1).

Outre la « Bible » qu’est le rapport d’experts, on trouve dans différentes brochures des conseils relatifs à la consommation d’alcool, la consommation modérée voire l’absence de consommation en cas de co-infection avec une hépatite B ou C. Un article est très souvent cité sur cette question. Il s’agit de : « Alcool et réduction des risques – L’alcool dans l’infection VIH », par le docteur Camille Fontaine, médecin addictologue. Il est consultable (gratuitement) sur le site VIH.ORG. L’article traite de deux situations : lorsqu’on est séronégatif-ve, lorsqu’on vit avec le VIH.

Si on est séronégatif-ve, il faut savoir que l’alcool peut augmenter, a fortiori s’il est consommé massivement, les prises de risques de deux façons. D’un côté, par son fort pouvoir désinhibiteur, l’alcool augmente le risque de s’exposer au virus du sida. De l’autre, l’alcool peut faciliter la contamination en cas d’exposition au virus, en perturbant le système immunitaire.

Pour les personnes vivant avec le VIH, la question est celle de l’influence de l’alcool sur la progression de la maladie et la capacité à prendre soi de sa santé. Des données indiquent que la consommation massive d’alcool retarde l’accès aux soins et la première mise sous traitement. L’observance du traitement (le respect de la posologie des médicaments est moins bon), ce qui fait augmenter le risque d’échec du traitement, la survenue de résistances. Par ailleurs, les données scientifiques confirment que la consommation excessive d’alcool peut modifier et perturber la concentration sanguine des traitements anti-VIH.

L’article de référence de Camille Fontaine brosse un état des lieux détaillé de ce qu’on savait en 2011, pas eu mieux depuis en français. Le médecin addictologue insiste bien sur le fait que « l’influence de l’alcool sur le VIH est bien étudiée depuis les années 1990, à la fois en termes d’incidence de l’infection et de progression de la maladie ». Le médecin a d’ailleurs trouvé pas loin de 5 000 références scientifiques à ce propos. Si cette production est si importante, c’est parce que cette question est une problématique de santé cruciale lorsqu’on vit avec le VIH. Camille Fontaine rappelle ainsi que l’alcool est la troisième cause de mortalité et de morbidité dans les pays développés et que la population VIH a un risque double de celui de la population générale d’avoir une consommation d’alcool à risque.

Références :
(1)  : Mdege ND, Fayter D, Watson JM, Stirk L, Sowden A, Godfrey C. Interventions for reducing alcohol consumption among general hospital inpatient heavy alcohol users : A systematic review. Drug Alcohol Depend 2013 ; 131 : 1-22.
(2) : Alcool et réduction des risques – L’alcool dans l’infection VIH, par Camille Fontaine. Cet article a été publié en avril 2011 dans le numéro 62 de la revue Swaps, consacré à l’alcool (consultez ou téléchargez Swaps n°62 – PDF, 2,1Mo).