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VIH : la dépression chronique affecte le suivi des traitements et la survie

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Source : le quotidien du médecin

La dépression chronique affecte l’observance aux soins, la réponse aux traitements, et la mortalité des patients vivant avec le VIH, démontrent des épidémiologistes, médecins et psychiatres américains dans une grande étude de cohorte observationnelle publiée dans le « JAMA Psychiatry ».

La dépression, qui touche 20 à 40 % des patients séropositifs, est connue pour entraver la gestion de la maladie. Jusqu’à présent, la littérature scientifique adoptait une approche dichotomique, en classant les patients en « déprimés » et « non déprimés ». L’étude du Pr Brian W. Pence et coll. a pour originalité de prendre en compte les variations en termes de sévérité et de chronicité des épisodes dépressifs, pour saisir le fardeau croissant que fait peser la dépression sur la gestion du VIH. Pour ce faire, les auteurs ont calculé le pourcentage de jours avec dépression (PDD).

Une cohorte de près de 6 000 patients

La cohorte comprend 5 927 patients (dont 5 000 hommes), avec au moins deux épisodes de dépression sévère (évalués à l’aide du Patient health questionnaire-9) dans l’année, soignés pour leur VIH dans six centres médicaux et universitaires du réseau pour la recherche sur le VIH (CNICS) américain, pendant 10 ans (du 22 septembre 2005 au 6 août 2015).

Contrairement aux précédents travaux qui évaluaient la gestion du VIH à partir d’un seul critère, l’étude prend en compte trois éléments : les rendez-vous médicaux non honorés, la charge virale détectable (⩾ 75 copies/mL) et la mortalité toutes causes confondues.

Effet seuil pour la mortalité  

L’âge moyen des 5 927 participants est de 44 ans, et une majorité ont un taux de CD4 de 350/mm3ou plus (69 %), sont sous anti-rétroviraux (77 %) et ont une charge indétectable (63 %). Au cours de l’étude, les participants présentent 14 % de jours avec dépression (médiane), avec aux extrêmes un tiers avec 0 %, et une minorité (3,6 %) à 100 %. Au total, 18,8 % des rendez-vous médicaux programmés n’ont pas été honorés, 21,8 % des charges virales étaient détectables, et 158 décès ont été déplorés (soit un taux de mortalité de 1,5 décès pour 100 personnes-année).

Plus longue est la dépression, plus néfastes sont les conséquences sur le VIH. Chaque augmentation de 25 % de PDD accroît de 8 % le risque de manquer un rendez-vous médical, de 5 % le risque de rendre sa charge virale détectable, et de 19 % le risque de mortalité.

Par rapport aux sujets non déprimés, les personnes qui souffrent quotidiennement de dépression sévère présentent 37 % de risque supplémentaire de manquer les rendez-vous médicaux, 23 % d’avoir une charge virale détectable, et voient leur taux de mortalité doubler.

Dépister et contenir la dépression

Les auteurs observent un effet seuil pour la mortalité, dès 25 % de PDD (contrairement aux autres indicateurs où joue un « effet dose ») : ce qui signifie que même une dépression modérée (1 sur 4 jours impacté) a un effet significatif sur la survie.

En conclusion, les chercheurs appellent à systématiser le dépistage et la prise en charge précoce de la dépression chez les adultes séropositifs afin de raccourcir les épisodes dépressifs, et d’améliorer l’état clinique du patient.

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