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Positivo Podcast : une parole plurielle pour bousculer les représentations autour du VIH
Arrivé en France en 2014, Javier Larios, graphiste et créateur de contenus d’origine mexicaine, a fait de l’art un outil d’expression et d’engagement. Aujourd’hui installé à Paris, il a lancé en décembre 2025 « Positivo Podcast », un projet multilingue qui donne la parole à des personnes vivant avec le VIH. Dans un entretien accordé à Remaides, Javier Larios défend une approche sensible et collective pour renouveler les représentations du VIH et donner la parole à celles et ceux que l’on n’entend pas assez.
Source : AIDES
Remaides : Dans quel contexte avez-vous découvert votre séropositivité ?
Javier Larios : Je n’ai jamais eu de problème avec ma famille concernant la personne que je suis. J’ai toujours été soutenu, notamment par ma mère. Elle est infirmière et elle travaillait, au début des années 2000, avec des patients séropositifs à un stade avancé de l’infection. Elle avait donc connu la pandémie de près. Quand j’ai fait mon coming out gay en 2009, elle m’a parlé du VIH, de santé sexuelle, mais je ne me sentais pas concerné. J’avais cette idée reçue que le VIH ne touchait que certaines personnes : les usagers de drogues, les travailleuses du sexe, les personnes ayant de nombreux partenaires, etc. Puis, un jour, pendant l’été 2014, je suis tombé très malade, ce qui n’était pas habituel. J’avais une infection à la gorge et aussi à l’estomac. Ma mère m’a alors dit que cela pouvait être quelque chose de plus sérieux. Quand je suis allé à l’hôpital, le médecin m’a demandé s’il pouvait me faire un test VIH. C’est ma mère qui a demandé au médecin de me faire le test, c’est grâce à elle que l’on m’a proposé le test et que j’ai pu avoir un diagnostic à ce moment-là. À cette époque, j’avais 25 ans et je n’avais jamais fait de test VIH. On pense toujours que cela arrive aux autres… et puis ça m’est arrivé à moi. Cela m’a fait énormément réfléchir.
Qu’est-ce qui vous a amené à parler publiquement de votre vie avec le VIH ?
Avant mon diagnostic, j’avais lancé en 2012 une bande dessinée, la première BD en ligne en espagnol au Mexique. C’est grâce à ce projet que j’ai commencé à gagner en visibilité sur les réseaux sociaux. Après mon diagnostic, j’ai créé un personnage que le héros principal accompagnait pour faire un test VIH. C’était très récent, à peine deux mois après l’annonce et, pour moi, c’était déjà une manière de commencer à parler du VIH. Je pense que c’était aussi une forme de thérapie. Physiquement, ce personnage me ressemblait un peu. Il m’a permis d’aborder le sujet sans parler directement de moi. Je me suis dit : « D’accord, je vis avec le VIH, j’ai le soutien de ma famille, donc je vais en parler, d’une manière ou d’une autre ». L’art, et en particulier l’illustration, est devenu mon moyen d’expression sur ce sujet. Les BD que je créais ont commencé à rencontrer un certain succès. Des cliniques, notamment au Pérou et en Colombie, m’ont même contacté. En parallèle, j’intégrais aussi des éléments pédagogiques : j’expliquais la différence entre VIH et sida, U + U, etc. mais avant tout, je mettais en avant le côté humain, et je partageais la manière dont j’aimerais être traité en tant que personne concernée. C’est comme ça que j’ai commencé à parler du VIH.
Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce projet autour du VIH, et pourquoi avoir choisi le format du podcast ?
J’ai toujours eu envie de continuer à faire de la bande dessinée. Mais en arrivant en France, je me suis intégré, j’ai appris le français, et ma vie a changé. Cette idée de créer quelque chose était toujours là, mais je la laissais de côté. Finalement, je ne voulais plus forcément continuer dans la BD, notamment parce que cela demande énormément de temps et d’énergie, et j’avais d’autres priorités. L’an dernier, j’ai ressenti une forte envie de faire quelque chose autour du VIH, d’en parler davantage, mais sous un angle plus humain. En revanche, je ne voulais pas que cela soit centré sur moi. Dans le militantisme et l’activisme liés au VIH, la visibilité repose souvent sur des parcours individuels. Je ne remets pas cela en question, mais je pense qu’il est aussi important de développer une dimension plus collective. C’est dans ce contexte que je me suis tourné vers le podcast, au moment où ce format connaissait un véritable essor. Je me suis dit que c’était intéressant, car cela ne m’obligeait pas à être toujours celui qui parle. J’avais les compétences nécessaires, notamment grâce à mes études en communication. Mon idée était de créer une plateforme où les personnes pourraient s’exprimer, simplement avec leur voix. C’est un format relativement facile à produire, ce qui m’a permis de commencer par une première saison pour en mesurer l’impact.
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