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Santé publique France sous tutelle politique : la prévention en danger

Mise à jour :

La restructuration annoncée de Santé publique France (SPF), avec le transfert des campagnes de prévention sous pilotage direct du ministère de la Santé, provoque une onde de choc dans le champ de la santé publique. Salariés-es de l’agence, sociétés savantes, fédérations professionnelles et acteurs-rices de la société civile dénoncent un affaiblissement de l’expertise scientifique indépendante et redoutent une prévention désormais soumise aux arbitrages politiques, aux lobbys et aux logiques de communication institutionnelle. Explications et réactions.

Source :  AIDES 

 

 

« C’est le politique qui reprend la main sur la communication scientifique »


L’information a fait l’effet d’une bombe dans le milieu de la santé publique en France. Selon France Inter, qui a révélé l’annonce dans sa matinale du vendredi 30 janvier 2026, Santé publique France (SPF) est engagée dans une « profonde restructuration » décidée lors d’une réunion interministérielle et validée au plus haut niveau de l’État. D’après les informations de France Inter, cette refonte a été annoncée la veille aux salariés-es par la directrice de l’agence, la Dre Caroline Semaille. Elle prévoit notamment le transfert de la réserve sanitaire et de l’établissement pharmaceutique (en charge des stocks stratégiques de l’État, comme les masques ou certains médicaments sensibles) vers la Direction générale de la santé (DGS), placée sous l’autorité directe du ministère de la Santé. Mais au-delà de ces missions logistiques, c’est surtout le sort réservé à la prévention qui cristallise les inquiétudes. Selon France Inter, les grandes campagnes nationales de prévention seront désormais pilotées directement par le ministère de la Santé et par l’Assurance-maladie. Une évolution lourde de conséquences pour les personnels de l’agence, dont la vocation repose précisément sur la séparation entre expertise scientifique et décision politique. « C’est le politique qui reprend la main sur la communication scientifique », résume ainsi un salarié de Santé publique France cité par la radio publique. Cette crainte n’est pas nouvelle. Dans un article publié le 30 janvier, Libé rappelle qu’à plusieurs reprises l’État est déjà intervenu dans le processus de décision de l’agence, notamment en matière de prévention de l’alcool. En 2023, une campagne intitulée « Alcool et rugby », préparée à l’approche de la Coupe du monde organisée en France, avait été purement et simplement annulée après des pressions venues du lobby de l’alcool, relayées jusqu’au sommet de l’exécutif. Pour de nombreux-ses experts-es en santé publique, la réforme actuelle institutionnalise ce type d’ingérence et marque un tournant : celui d’une prévention désormais pensée, validée et diffusée sous contrôle politique direct.

 

Colère et sentiment de démantèlement au sein de SPF

Dans son édition du 1er février 2026, Le Monde confirme l’ampleur du malaise suscité par ce « recentrage stratégique » décidé par le gouvernement et validé par Matignon. Officiellement, l’exécutif invoque la nécessité de « gagner en réactivité et en efficacité dans la gestion des crises sanitaires », notamment depuis la création d’un centre de crises sanitaires au ministère. Pour ce qui est du transfert des campagnes de communication, l’argumentaire se veut rassurant : il s’agirait d’offrir aux citoyens-nes des messages « plus clairs », « mieux coordonnés » et « plus identifiables ». Mais en interne, la réception est tout autre. Le Monde rapporte une « émotion », une « colère » et une « inquiétude » profondes parmi les personnels. « C’est vécu comme une remise en cause de notre travail, de toute notre expertise », témoigne anonymement un représentant du personnel, rappelant que le fondement même de SPF est de maintenir une distance entre évaluation épidémiologique et gestion politique. Plusieurs agents redoutent un démantèlement progressif de l’agence, une fragilisation face aux lobbys et une perte de temps dans des réorganisations administratives alors que les enjeux sanitaires exigent au contraire une action renforcée. Le quotidien rappelle aussi que ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte de tensions budgétaires persistantes et de précédents marquants, comme l’abandon de la campagne du « Dry January » fin 2019 ou les annulations de campagnes alcool en 2023, du fait de l’Élysée. Si le gouvernement promet une mise en œuvre progressive, avec une « mission flash » confiée à l’Inspection générale des affaires sociales pour préserver le lien entre expertise et communication, les critiques se multiplient. Le professeur François Bourdillon, premier directeur de l’agence, alerte dans Le Monde : « En lui retirant la prévention, [SPF] redevient un simple institut de veille sanitaire. » Une évolution qui, dans le contexte international actuel, met selon lui tout le secteur en alerte.

 

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