Notre actualité
Brèves
VIH : L’inquiétante résistance au dolutégravir
En augmentation depuis une quinzaine d’années, les résistances du VIH touchent désormais jusqu’aux traitements les plus récents, dont le dolutégravir, pilier des stratégies thérapeutiques actuelles. Quelle est l’ampleur de ce phénomène ? Pourquoi suscite-t-il des inquiétudes croissantes ? Et quels leviers existent pour en limiter l’impact ?
Source : Sidaction
Depuis la fin des années 1990, les traitements antirétroviraux (ARV) ont sauvé la vie de dizaines de millions de personnes infectées par le VIH dans le monde. Entre 2010 et 2024, le nombre de personnes bénéficiant d’un traitement antirétroviral est passé de 7,7 millions à 31,6 millions. Mais, revers de la médaille, l’utilisation accrue de ces médicaments s’est accompagnée de l’apparition et de la transmission de souches du VIH qui leur sont résistantes.
Cette « pharmacorésistance » touche même les traitements récemment mis sur le marché. Parmi eux, le dolutégravir, une molécule phare de la lutte contre le VIH, qui depuis quelques années s’impose comme traitement de première ligne dans tous les pays à ressources limitées. « De premières études, datant de 2024, montrant une hausse des résistances au dolutégravir en Afrique subsaharienne constituent un signal à suivre de près. Car, à long terme, cette hausse peut être délétère non seulement pour la santé des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), mais aussi pour toute la lutte contre l’épidémie de VIH à l’échelle mondiale », alerte le Pr Charlotte Charpentier, virologue à l’hôpital Bichat-Claude Bernard à Paris.
Pourquoi le VIH devient résistant aux traitements ?
Comme pour la résistance des bactéries aux antibiotiques, la résistance du VIH aux ARV découle d’une utilisation incorrecte de ces médicaments. C’est le cas en particulier lors du non-respect des consignes d’administration, par exemple lors d’oublis fréquents de prise. Alors, le virus peut se multiplier en présence du traitement et développer de petites modifications au niveau de son génome. Ces « mutations » génétiques peuvent induire de légers changements dans la structure de certaines de ses enzymes (des protéines particulières), ce qui altère la capacité des ARV à bloquer sa multiplication. En conséquence, le VIH peut devenir partiellement ou totalement insensible à ces médicaments et ainsi leur échapper.
Le dolutégravir présente « une barrière génétique » élevée contre ce phénomène : plusieurs mutations — et non une seule — sont nécessaires pour que le VIH devienne résistant à son encontre. Voilà pourquoi « lors des essais cliniques qui ont évalué l’efficacité de cet ARV chez les PVVIH n’ayant jamais pris ce type de traitements, les chercheurs n’ont observé aucun cas de résistance chez les 1 % de PVVIH en ‘échec virologique’, à savoir ne répondant pas ou pas assez au traitement à base de cette molécule », explique le Pr Charpentier.
Avec le déploiement du dolutégravir à grande échelle, La situation a pourtant évolué. En 2025, plus de 20 millions de personnes vivant dans plus de 115 pays étaient sous trithérapie à base de cet ARV. Inéluctablement, des résistances ont commencé à apparaître. Dans les pays à fort revenu, ce phénomène est encore rare. C’est ce qu’a montré une étude de 2023 portant sur 599 PVVIH en échec virologique vivant principalement en Europe : seules 4 % de celles sous traitement à base de dolutégravir présentaient une résistance élevée ou intermédiaire à cette molécule [i].
Pour découvrir la fin de cet article cliquez ici : Sidaction
